Le grand plongeon

La photo ne paye pas de mine. On comprend qu’il s’agit de l’envol d’un oiseau, mais cela n’empêche d’éprouver de la frustration en raison de l’image tronquée. Certes le photographe a manqué le « top départ » et la tête de l’oiseau n’est déjà  plus visible. Mais la scène reste néanmoins intéressante à observer. La grive musicienne plongée dans son récital à la cime d’un arbre se laisse tranquillement observer. Mais quand elle est posée à proximité d’un sentier, elle reste sur ses gardes. Un randonneur fait un mouvement brusque et elle se jette aussitôt dans le vide. A la manière d’un nageur de compétition, c’est d’abord une vigoureuse poussée exercée sur ses pattes, tendues jusqu’aux extrémités des doigts, qui lui permet d’arracher ses 70 grammes de la branche sur laquelle elle était posée. Les ailes prennent aussitôt le relais ;  pour ne pas perdre d’altitude, la grive pratique le vol battu. L’oeil reste grand ouvert, fixé sur l’individu qui a précipité son départ ; elle évalue le risque encouru et calcule la distance de sécurité qu’il lui faut parcourir avant de se poser à nouveau. Dans quelques semaines, les arbres seront à nouveau couverts de feuilles et il lui sera bien plus facile de se cacher.

Ensisheim, le 8 mars 2025