A l’inverse de l’orage qui délivre un éclair avant de faire retentir le grondement du tonnerre, l’abeille charpentière nous prévient de son arrivée par le bourdonnement grave de son moteur, alors qu’elle est encore loin de notre regard. D’ordinaire ses acrobaties frénétiques ne nous laissent pas le temps de l’admirer longtemps avant qu’elle ne disparaisse à nouveau. Mais comme toute machine volante, elle peut connaître des pannes de carburant ou des coups de fatigue nécessitant de prendre un moment de repos. C’est alors l’occasion rêvée de l’observer dans les moindres détails. La poussière dorée de pollen qui recouvre la tête et le thorax trahit les caresses des étamines lors des dernières visites aux fleurs du chèvrefeuille. Les pattes musclées et velues témoignent de la vigueur de l’athlète qui n’a aucun mal à se frayer un chemin dans la végétation dense. Mais ce sont surtout ses ailes enfumées de teintes bleutées et cuivrées qui nous surprennent par d’incessantes variations, éléments d’une symphonie visuelle impromptue.
Baldersheim, le 19 juin 2024
