Il est intéressant d’observer un vieux rosier qui porte les stigmates du temps. Sur les pieds partiellement sclérosés poussent encore des tiges qui s’efforcent de produire les fleurs rêvées par les horticulteurs. Mais de la base, en-dessous du point de greffe, partent également des gourmands à la croissance rapide et vigoureuse qui rêvent d’un retour aux origines. Sans l’intervention humaine, ils auront vite fait d’étouffer leurs concurrents, sans défense. L’églantier représente l’espèce à l’état sauvage et les aiguillons qu’il porte sont une arme pour lutter contre les prédateurs. Pour commercialiser des rosiers que l’on peut manipuler sans risque de se blesser, les horticulteurs s’efforcent de créer de nouvelles variétés par croisement ou mutation génétique. Mais il n’est pas dit que ces roses « parfaites » seront toujours de nature à inspirer les poètes pour qui l’amour passionné et ardent ne va pas sans les blessures qu’il inflige.
Baldersheim, le 9 juin 2024
