Allégorie

Un tableau n’a pas besoin d’être foisonnant de détails pour produire un effet saisissant. L’épure et la simplicité du trait donnent souvent le sentiment de toucher à l’essentiel des choses. La nature conserve également cette faculté d’émouvoir en présentant des scènes dépouillées. Au milieu d’un grand pré trône un vieux pommier. Impossible de ne pas le remarquer, tant il s’efforce de rester debout, en dépit des stigmates du temps. Même la sève n’arrive plus à se hisser au sommet. Et les pics ne s’y sont pas trompés : leurs sondages répétés prouvent à l’évidence qu’il est colonisé par les insectes. Mais quand la vie abandonne de l’intérieur le vénérable vieillard, il frémit encore lorsqu’un étourneau vient se poser sur l’extrémité de sa couronne flétrie : c’est important pour le moral de penser que l’on sert encore à quelque chose. Vie et mort, immobilité et mouvement, raideur et agilité… c’’est bien la juxtaposition des contraires qui donne de la force à cette allégorie de la vie. 

Michelbach, le 6 mars 2024