Andrène

Au petit matin, après une nuit bien arrosée, les clochettes des campanules faisaient pénitence : encore très imbibées de pluie, elles baissaient la tête  jusqu’au sol. L’une d’elle avait servi d’abri à une abeille solitaire imprudente qui avait prolongé ses courses malgré l’alerte météo explicite. Il y avait encore un peu de place dans ses paniers à pollen et elle voulait courtiser une dernière fleur. Mais les trombes d’eau ont failli lui coûter la vie. Ce matin, encore, les poils collaient à son thorax, les ailes s’étaient ramollies et elle pesait trois fois son poids habituel. Elle n’a manifesté aucune agressivité lorsqu’elle a été recueillie et déposée sur un papier absorbant, sur la table de la véranda. Petit à petit, elle a repris vie en mobilisant tour à tour chaque partie de son corps. En faisant vibrer ses ailes comme un parapluie trempé que l’on secoue, elle a fait disparaître toute l’humidité qui lui collait à la peau. Plutôt que d’entamer ses précieuses provisions, elle a  préféré reprendre son vol et s’arrêter en cours de route pour se ravitailler en carburant.

Baldersheim, le 3 juin 2024