Au petit matin

On aime tous se prélasser au soleil d’automne, quand il n’est plus cuisant et que l’on peut se mettre à l’aise sans craindre les moustiques. On apprécie moins les matinées brumeuses qui lui font obstruction et installent en nous un sentiment de frustration. Mais celui qui ne craint pas d’affronter la fraîcheur et l’humidité peut être tenté par cette ambiance particulière du petit matin lorsque les bancs de brouillard déforment les paysages et étouffent les bruits. C’est particulièrement impressionnant à proximité d’un plan d’eau d’où s’échappent des vapeurs fluctuantes ou stagnantes. On a l’impression d’être seul au monde : rien ne bouge; tout semble figé. Animaux et oiseaux restent terrés dans leurs abris ; en alerte, ils ne prennent la fuite que devant un danger imminent. Tous attendent avec impatience les premiers rayons du soleil qui déchirera le voile de l’insécurité. C’est la grande aigrette, en partance pour son domaine de pêche privée, qui donne le signal du retour à la vie.

Baldersheim, le 4 novembre 2024