Dans la vie, on peut faire des rencontres exceptionnelles sans même réaliser la singularité du moment. C’est ainsi qu’au cours d’une promenade vespérale, le long du lac d’Orient, à Mesnil-St-Père, le regard s’est porté sur un oiseau qui faisait route vers le Nord-Est, à une centaine de mètres au-dessus de nous. Difficile à reconnaître à l’oeil nu ; c’est donc le téléobjectif qui s’est vu confier la tache de fixer son apparence. Il s’agissait bien d’un limicole, petit échassier fouilleur de vases : le bec légèrement arqué vers le haut, la queue barrée et une pointe blanche sur le dos bien visible en vol, le plumage du dessus fortement strié… autant d’indices qui caractérisent une barge rousse. Il s’agit sans doute d’un migrateur en provenance d’Afrique et en route vers la toundra arctique du Nord de l’Europe. Avant de se lancer dans ce périple de plus de 10 000 km, il a dû d’abord se gaver de vers pendant plusieurs semaines et attendre des vents porteurs. Le vol peut se faire sans escale, la barge pratiquant le sommeil unihémisphérique : pendant que la moitié du cerveau dort, l’autre reste active et permet à l’oiseau de continuer son vol.
Le lac d’Orient, le 26 avril 2023
