Bec de merle

On l’aperçoit souvent lors d’un épisode pluvieux. Trop impatient pour attendre les dernières gouttes, il est le premier à investir la pelouse qu’il sonde de son bec pour dénicher les lombrics dont il se délecte. Quand arrive la saison sèche, c’est à l’ombre des haies et sous les arbres qu’il recherche sa nourriture : vers, insectes, larves… cachés sous la litière du sol. Le bec du merle noir se fait tour à tour débroussailleuse, pelleteuse, excavatrice. A l’arrivée des grands froids, il lui faut changer de régime pour se rabattre sur les fruits. Mais les baies de sorbiers, sureaux ou pruneliers finissent aussi par manquer. Alors le merle vient se restaurer dans les mangeoires, de préférence très tôt le matin ou en fin de journée. Il faut le regarder se transformer en jongleur pour avaler une graine saisie du bout de son long bec orange. Un premier mouvement l’envoie en l’air ; un second coup de collier lui permet de la rattraper avec la langue et de l’avaler immédiatement. Ce ne sont que soubresauts et déplacements incessants, tant il est pressé de remplir son jabot avant de rejoindre les espaces ouverts où il peut se dégourdir à son aise.

Baldersheim, le 23 novembre 2024