Il y a des signes qui ne trompent pas. L’hiver n’est pas encore officiellement installé au calendrier – il faut patienter trois semaines – mais tous les ingrédients sont rassemblés pour composer un tableau réaliste. La neige est tombée massivement la semaine dernière, semant le désordre sur les routes d’une bonne moitié du pays. Les températures nocturnes sont à présent négatives et rafraîchissent l’intérieur des maisons. Au petit matin, les dernières feuilles encore accrochées aux branches des arbres sont ornées de fines broderies, prémices à leurs funérailles. N’envisageant pas d’autre issue, l’apport de chlorophylle a été stoppé. Les taches brunes gagnent rapidement du terrain, comme une gangrène qu’on n’arrive plus à juguler. Le noeud d’insertion de la feuille sur le pétiole est bien gelé; au moment de la cassure, la plante ne ressentira aucune douleur. Elle s’envolera, poussée par une légère brise et bercée par sa douce musique. En arrivant au sol, elle rejoindra le tapis de ses congénères dont la dernière mission est de préparer le terrain pour la relève du printemps.
Baldersheim, le 1er décembre 2024
