Les promenades en forêt révèlent parfois des tableaux insolites. Au bord de l’ancien chemin de halage, un empilement de petits galets repose en équilibre sommaire sur un tronc moussu. Des enfants se sont amusés à les ramasser pour les disposer à hauteur de vue, à la manière des cairns du monde celtique. L’innocence du geste prête à sourire, mais en rapprochant le monde végétal et le monde minéral, ils ont laissé, sans doute malgré eux, un message d’alerte. Comme toutes les forêts du Grand Est, la Hardt est soumise aux conséquences du réchauffement climatique. Mais il y a ici un facteur aggravant lié à la nature du sous-sol qui peut être considéré comme un immense cône de déjection du Rhin où le gravier et le sable sont rois. Les arbres ancestraux, charmes et chênes dépérissent par manque d’eau. La nappe phréatique est très basse et le sous-sol ne retient pas l’eau de ruissellement. Les galets posés les uns sur les autres sont à la merci des coups de vents tout comme l’existence des végétaux dépend de l’humeur du ciel.
Baldersheim, le 18 février 2025
