Elle avait patienté autant qu’elle avait pu… Le bulbe gorgé de ressources n’attendait qu’un signal extra-terrestre ; il est venu sous la forme de lumière et douceur et a aussitôt déclenché la croissance de la tulipe. D’abord deux feuilles bien fermes et très allongées, chargées de produire l’oxygène. Ensuite la tige, à la fois projection et support de la nacelle florale. Les pétales et les sépales étaient restés soudés, comme des frères siamois, pour veiller à l’intégrité du style et des étamines. Peu à peu, le calice s’est ouvert, invitant à partager le précieux héritage. Les insectes lui ont fait la cour jusqu’à l’épuisement des ressources. A présent l’ovule fécondé peut poursuivre seul la route. C’est le vent et la pluie qui se chargent de délester la tige des remparts devenus obsolètes. La tulipe avait déjà vécu ce moment dans un cauchemar prémonitoire.
Baldersheim, le 4 avril 2024
