Autrefois, on estimait la prospérité d’une exploitation agricole à la taille du tas de fumier qui trônait dans la cour de ferme. Par mesure d’hygiène et pour des raisons pratiques, cet or brun n’est plus stocké devant les habitations. Mais il est toujours instructif d’observer l’aménagement d’une cour de ferme, car elle constitue une sorte de miroir de la vie qui l’anime. A l’écomusée d’Alsace, le temps s’est arrêté. Les charrettes, au chômage technique, sont remisées à vide. La peinture bleue déjà bien écaillée ne parvient pas à cacher la tristesse de l’attelage immobilisé sur la terre battue. Les seaux de traite sont accrochés en hauteur ; il y a bien longtemps qu’ils n’ont pas reçu une bonne giclée de lait frais. Au-dessus de la porte de l’étable, on a suspendu des tresses d’épis de maïs : ils sèchent à l’air et au soleil avant d’être égrainés pour nourrir les quelques canards enfermés dans l’enclos. En inspectant le tas de bois et la forme des buches, il est facile d’imaginer le fourneau qui va les engloutir pour adoucir le froid de l’hiver… Mais cette scène en clair-obscur illustre également le virage radical qui s’est imposé aux exploitations pour assurer leur survie à grand renfort de mécanisation et au prix de lourds investissements.
Ungersheim, le 1 novembre 2022
