Danse lascive

A une centaine de mètres de distance,  l’Ill s’étale en méandres au milieu de la plaine rhénane. Mais c’est au bord d’un petit plan d’eau adossé à une roselière que le héron a choisi de se poser. Face à la masse de l’intrus, les canards colverts ne font pas le poids ; ils préfèrent lui céder le terrain et se réfugient derrière les hautes herbes. L’échassier qui trouve le lieu calme et discret entame une longue séance de toilettage. L’aile gauche est repliée devant sa poitrine alors  que le cou subit d’impressionnantes  contorsions qui font penser à un serpent en pleine ascension. Le héron passe méthodiquement toutes les plumes en revue, vérifiant, nettoyant, lissant chacune d’elles. Régulièrement aussi, la tête s’allonge à la manière d’un périscope qui scrute les environs pour repérer un éventuel danger. Le spectateur qui assiste de loin à cette chorégraphie est subjugué par la danse lascive généralement exécutée sans public. On aimerait entendre la musique d’un compositeur russe de ballet ; on ne percevra que les bruits lointains du trafic estival de l’autoroute.

Ensisheim, le 2 septembre 2024