Folles embardées

S’il est un oiseau à l’aise lorsque le vent se lève, c’est sans doute la corneille noire. Pour elle, une tempête, c’est un peu l’épreuve de vérité, celle qui fera le tri entre les excellents voltigeurs et les piètres voiliers. Aussi prend-elle l’air dès l’arrivée des premières bourrasques. C’est d’abord la griserie de la vitesse qu’elle recherche en se laissant entraîner dans de folles embardées. Puis viennent les décrochages à couper le souffle, les changements de caps qui mettent les ailes à rude épreuve. Mais sa musculature est robuste et elle a de l’entraînement. Ce sport extrême est d’ailleurs partagé avec ses congénères; le plus souvent, c’est en petit groupe, en formations serrées ou distendues, qu’elles se lancent dans ce défi aux forces contraires. Mais au bout d’un moment, lorsque l’effort a été trop violent et qu’elle est à bout de souffle, la corneille se laisse poser au sommet d’un résineux qui tangue au vent.  A peine quelques minutes de répit et elle s’envole à nouveau pour remettre son titre en jeu .

Baldersheim, le 7 décembre 2024