Fugacité

La scène est fugace parce que la pie n’est pas du genre à se laisser admirer de trop près. Echaudée par des siècles de persécution, elle craint les humains et tous les pièges qu’ils sont capables de lui tendre. Tout en profitant des opportunités qu’elle trouve à leur côté, elle tient à garder ses distances. Lorsqu’elle se pose un court instant sur la branche du pommier à quelques pas de nous, il faut interrompre toute autre activité pour admirer la beauté de son fuselage bicolore. Elle nous regarde de haut, avec un mélange de fierté et de curiosité. L’oeil brillant qui perçoit les moindres mouvements aux alentours peut commander un repli instantané. Surtout rester immobile. Le bec imposant et légèrement crochu à l’extrémité lui permet de consommer des graines mais aussi de déchiqueter les chairs. On voit à ses plumes légèrement ébouriffées que le corvidé est en mode chauffage accéléré. Le ciel est laiteux et la lumière n’est pas très flatteuse pour révéler les couleurs irisées des plumes alaires. L’instant a été bref, l’émotion intense… L’oiseau s’est envolé.

Baldersheim, le 15 février 2025