Cela pourrait ressembler à une carte postale expédiée d’Afrique tropicale qui est la zone de repli choisie par le gobe-mouche gris pour passer la mauvaise saison. Étant exclusivement insectivore, il n’a d’autre choix que d’entreprendre ce long périple dès le mois de septembre. Il faudra attendre mai pour revoir sa silhouette caractéristique au plumage discret, gris sur le dos, avec un ventre blanc et une poitrine méchée de gris brun, un bec fin et des pattes noires. Il s’envole régulièrement et tourne sous la frondaison pour saisir en vol un insecte, du minuscule diptère au papillon en passant par un coléoptère ou une petite libellule. La langue française s’est beaucoup amusée avec le mot gober qui est un héritage du gaulois et qui désigne la bouche. Gober signifie avaler sans prendre le temps de mâcher et, au sens figuré, croire sans examen. Appliqué à un humain, gober les mouches veut dire perdre son temps en rêverie, ce qui n’est pas du tout le cas de l’oiseau qui passe la quasi-totalité de la journée à chercher de la nourriture. C’est le même mot qui a donné l’expression tout de go (au XVIe siècle, on disait encore tout de gob) qui signifie d’un seul coup, sans façon, très librement.
Baldersheim, le 1 septembre 2023
