La fourmi et l’araignée

Dans un conte issu des « Mille et une nuits », un marchand découvre une caverne dans laquelle des voleurs ont caché leur butin. Pour un observateur attentif de la nature, toutes les haies constituent des cavernes d’Ali Baba remplies de trésors. A l’arrière du jardin, survit tant bien que mal une haie de thuyas, qui n’est pas réputée pour attirer de nombreuses variétés d’insectes. Pourtant, à la faveur du lierre qui, lassé de ramper, grimpe et fleurit à la verticale, et surtout de la bryone dioïque qui aspire à trouver la lumière au sommet et coiffe tous ses concurrents, on peut suivre toute l’année le développement d’un petit peuple insoupçonné. Voilà une fourmi qui a l’air désorientée. Habituellement, elle suit sans aucune hésitation un parcours fléché par les phéromones de ses congénères. Mais celle-ci parcourt de long en large les mêmes petites branches, revenant sans cesse sur ses pas. Elle porte dans ses mandibules une charge dont elle a du mal à se défaire, une araignée à manier avec précaution parce qu’elle pourrait bien se retourner contre elle. Alors, elle la transporte péniblement, en guettant avec impatience le moment où elle rendra l’âme.

Baldersheim, le 7 juillet 2024