De tous les oiseaux aquatiques, le cygne tuberculé est sans doute le moins craintif. Il a pour lui un argument de taille : c’est le plus gros oiseau et il sait se faire respecter par ses rivaux. Même les humains peuvent parfois être pris en chasse lorsqu’ils se font trop envahissants. Cela présente toutefois un avantage : il se laisse facilement observer alors qu’il poursuit tranquillement ses occupations. Cet individu solitaire n’a pas encore mangé à satiété. Régulièrement il plonge son long cou dans le cours du canal pour prélever les algues et les herbes aquatiques qui tapissent le fond. Lorsqu’il émerge son périscope pour reprendre de l’air, le sous-marinier exhibe l’appareil dentaire qui lui permet de brouter les plantes : une lèvre crénelée entoure une longue rangée de dents minuscules. C’est aussi une arme efficace qu’il lui suffit d’exhiber pour libérer l’espace autour de lui. Son plumage lustré est parfaitement étanche : les gouttes d’eau ruissellent aussitôt qu’il relève sa tête. On ne le verra jamais frissonner : une bonne couche de graisse et un épais manteau de plumes le protègent efficacement du froid hivernal.
Baldersheim, le 29 janvier 2025
