L’aurore

Dans une de ses Fables, Jean de La Fontaine a mis en scène un petit lapin qui « était allé faire à l’Aurore sa cour parmi le thym et la rosée » … au risque de se faire voler son logis par Dame Belette. On peut se demander ce qui pousse un être vivant à quitter la douceur de sa maison, précisément à l’heure où la température est la plus fraîche.  Pour le comprendre, nul besoin d’une longue réflexion ; il suffit d’un simple regard sur le ciel, au moment où l’astre du jour maquille les vapeurs qui flottent dans l’air. Les romains nous ont légué le nom « aurore » qui désigne le mieux cet instant, paré d’or. En figeant ce somptueux spectacle sur une image, on le transforme en nature morte. Il est pourtant pleinement vivant. Même si les grosses masses d’air semblent rester immobiles, on perçoit une respiration, des vibrations et même parfois des ondulations à la frange. Fermons les yeux un court instant ; au moment de les rouvrir quelques secondes plus tard, le tableau a déjà été retouché par le peintre. Comme souvent dans l’existence, c’est la brièveté d’une scène qui en fait tout son prix.

Baldersheim, le 2 janvier 2023