Le corbeau de mer

Il a fait de l’ancien canal de dérivation son terrain de chasse. Assez régulièrement, on peut l’apercevoir, séchant ses ailes au sommet d’un arbre. Sa mémoire primitive lui inspire la crainte des hommes, et en général, il ne se laisse guère approcher par eux. Mais parfois, caché par un rideau de végétaux, on peut assister d’assez près à une séance de pêche. Le plongeon est rapide, les remous ont vite fait de se dissiper et l’on pourrait même douter de sa présence. Quand il remonte à la surface pour refaire le plein d’air, le grand cormoran inspecte aussitôt les environs. L’iris bleu turquoise de son gros oeil brille comme une tourmaline sur un écrin jaune orangé. Le bec long et crochu arbore les mêmes couleurs. Les plumes blanches détrempées sur le dessus de la tête et du cou pourraient faire penser aux cheveux blancs d’un individu déjà âgé. En réalité celui dont le nom signifie « corbeau de mer » se prépare à entrer dans la phase nuptiale et prend soin d’être compétitif parmi ses concurrents. Même l’eau dans laquelle il s’immerge se couvre de reflets de plumes douces et moelleuses  qui invitent aux noces.

Baldersheim, le 19 janvier 2025