Dans le langage familier, le pigeon a perdu ses lettres de noblesse. Il désigne une personne crédule qui se laisse duper et que l’on peut facilement plumer. De même, le verbe pigeonner est-il synonyme de rouler, tromper ; il est par exemple utilisé au tennis quand on surprend son adversaire par un lob parfaitement ajusté. Comment un mot aussi commun a-t-il pu vivre une telle aventure ? Le dictionnaire étymologique apprend qu‘en bas latin, il désignait le petit d’un oiseau qui piaule et pousse des vagissements. Au XIIIe siècle, on emploie pigeon en remplacement du mot colombe, passé de mode. Il désigne à la fois l’oiseau sauvage qui niche en forêt ou en milieu urbain mais également celui qui a été domestiqué il y a plus de 5000 ans. C’était un oiseau tellement familier qu’il devenait un élément de comparaison. En technique, par exemple, pigeon désigne par analogie de forme des objets renflés. En danse, les ailes de pigeon sont des sauts en hauteur où les jambes imitent un battement d’ailes. Mais c’est l’habitude de consommer la chair des pigeonneaux qui explique la principale dérivation du sens : il est devenu l’innocent que l’on plume pour se faire plaisir.
Baldersheim, le 15 février 2025
