Le rouge-gorge et la guêpe

Voilà quelques semaines déjà qu’un nouveau locataire a pris ses quartiers d’hiver dans notre jardin. Le précédent est parti sans donner son préavis, sans doute alarmé par de mauvaises prévisions météorologiques. L’été a finalement tourné sa page et c’est bien le chapitre de l’hiver qui s’ouvre à présent. Autant l’affronter avec quelques réserves de graisses… Malheureusement, la nourriture tend également à se raréfier; pour survivre, il n’est pas question de faire la fine bouche. En l’absence de papillons, sauterelles et autres coléoptères, pourquoi ne pas s’offrir une guêpe? Elle se sent invincible, dans son habit strié sensé agir comme un repoussoir. Mais c’est oublier que le rouge-gorge a intégré le danger et sait comment extirper le dard avant de déguster l’insecte : saisir la guêpe parallèlement à son bec et la pincer pour l’affaiblir, la laisser retomber au sol pour donner le coup de grâce au niveau de la tête, faire rouler le bout de l’abdomen pour en extraire la glande toujours vivante. Ne reste plus qu’à ouvrir grand le gosier pour l’avaler « tout rond ».

Baldersheim, le 2 novembre 2023