« Maintenant je reçois marre… » Cette délicieuse transcription dialectale qui décrit un sentiment d’excès, quand la pression menace de faire exploser la marmite, mériterait d’être brevetée. Mais au moyen-âge, le mot exprimait plutôt l’ennui, le chagrin et le déplaisir. C’est d’ailleurs un peu cet état d’esprit qui nous envahit lorsqu’on regarde cette petite… mare. La surface est intégralement recouverte de feuilles mortes abandonnées par le tilleul voisin et d’une myriade de lentilles d’eau; elle pourrait bien exprimer son exaspération en reprenant la formule d’introduction. Les lentilles vertes, également appelées lenticules, sont de toutes petites plantes vivaces qui flottent à la surface de l’eau. Elles ont la capacité de se multiplier très rapidement, se nourrissant de matières organiques provenant de végétaux en décomposition. Or, en recouvrant peu à peu la surface de la mare, elles empêchent la lumière de pénétrer et assombrissent le fond, ce qui provoque la mort des autres plantes. Un cercle vicieux, donc? Pas forcément… En effet, ce processus de colonisation a aussi des effets vertueux puisqu’il a pour conséquence de dépolluer l’eau.
Murbach, le 10 janvier 2023
