Lorsque le soir pose enfin un voile de fraîcheur sur la forêt exposée de longues heures durant au four solaire, il fait bon se promener sous le couvert des arbres. C’est le moment où tout un peuple se réveille et s’apprête à vivre dans le royaume de la nuit. Si la vue commence à nous trahir, les oreilles prennent le relais et nous font découvrir des bruits insolites. Là, c’est le bourdonnement sourd d’un coléoptère qui s’apprête à rejoindre son arène. La lucane cerf-volant a enfin achevé sa transformation et se lance dans la grande aventure : briller devant une belle congénère en se mesurant avec un rival animé des mêmes intentions. Ils se font face sur une branche de chêne, se dressent solidement sur leurs pattes, les grosses mandibules pointées vers l’adversaire. Ce n’est pas un combat à mort, mais celui qui est désarçonné et chute perd la partie et les chances de séduire la belle. Depuis qu’il a quitté le stade de nymphe, le mâle ne s’alimente plus; il compense à peine les pertes d’eau en absorbant les exsudats des arbres ou de fruits murs. Une seule préoccupation l’habite durant les glorieuses heures qui s’offrent à lui : participer pleinement à la reproduction de son espèce… Lorsqu’un beau mâle nous fait l’honneur de sa visite, laissons-lui toutes les chances de réaliser son rêve.
Dannemarie, le 17 juillet 2022
