Il n’est pas rare de découvrir dans les textes antérieurs au XVIIe siècle toute une variété de mots pour désigner un même oiseau. Ce n’est quasiment plus le cas depuis que Linné a mis en place la désignation binominale des espèces, au milieu du XVIIIe siècle. C’est ainsi que nous avons Chroicocephalus ridibundus qui désigne la mouette rieuse. Le premier terme qui signifie « teindre la tête » fait référence à la couleur chocolat endossée durant la période nuptiale, le second mot voulant dire « tout riant ». On s’imagine dès lors que cet oiseau imite le rire humain. Or il s’agit plutôt d’un glapissement, comme le Portugais l’évoque très justement en l’appelant Guincho. Il semblerait bien que Linné ait dû confondre la mouette rieuse avec sa cousine, la mouette atricille dont le cri ressemble à une série de « ha ha ha ». Mais c’est bien l’adjectif rieuse qui est resté dans la plupart des langues. Il faut dire que cette mouette en impose à ses concurrents et reste sur ses gardes vis à vis de ses prédateurs. Fuligules morillons, canards chipeaux et oies cendrées trouvent d’ailleurs refuge au milieu des colonies de mouettes rieuses, sur les grands marais d’eau douce ou saumâtre.
Le Fier d’Ars, le 24 septembre 2024
