Par définition, une nature morte est un tableau qui représente des objets inanimés ou des animaux morts. Mais paradoxalement, la peinture garde un tel réalisme que l’on peut encore déceler les signes de la vie qui s’est effacée. Tout est immobile; pourtant les moindres détails renvoient à une réalité qui respirait et bougeait. Non loin du terril de la mine Joseph Else, un affaissement de terrain a piégé l’eau de pluie qui a fini par prendre la couleur de la potasse. Le gravier qui borde ce piège témoigne de la nature du sous-sol, cône de déjection des torrents et des rivières dévalant la montagne. L’herbe sèche qui pousse sur les talus trahit le sens du vent dominant ; on peut également lire en arrière plan le combat imposé aux arbres téméraires qui poussent en lisière de forêt. Sur ce champ de bataille, c’est le cadavre de l’arbuste partiellement immergé dans la mare qui donne le sens à la scène : les activités humaines peuvent saper les fondements de la vie et transformer un monde d’équilibres en paysage de désolation.
Marais du Rothmoos, le 5 janvier 2023
