Voilà près de deux semaines que la pelouse n’a pas rencontré la lame de la tondeuse et prend un air de terrain vague. Les orages successifs ont dopé une plante à fleurs jaunes qui ressemble à des pissenlits et qui dresse ses tiges à une hauteur respectable : c’est la porcelle enracinée. Elle doit son nom au fait que ses feuilles sont recouvertes de poils qui ressemblent à des soies de cochon. Quiconque a essayé d’extirper la plante du sol peut témoigner de la robustesse de l’enracinement. La porcelle est patiente et attend son heure : lorsque la canicule a contrarié la croissance des graminées, elle peut s’épanouir à son aise grâce à son système racinaire pivotant, et croître même sur les sols pauvres. Très curieusement, on ne profite réellement de la beauté de ses fleurs composées qu’aux heures les plus chaudes de la journée : dès que le soleil disparaît, elle referme jalousement ses capitules et devient discrète. Dans les pâtures, les chevaux ignorent généralement la porcelle, mais lorsque la nourriture vient à manquer, ils la consomment et en deviennent même accros, au risque de s’intoxiquer et développer une maladie qui se caractérise par une hyper flexion involontaire des membres postérieurs.
Baldersheim, le 26 juin 2022
