Pas facile de boire un coup quand on est un moineau. L’évolution a réalisé bien des prodiges depuis l’apparition des dinosaures mais n’a pas jugé utile d’investir dans l’élaboration d’un coude pour porter un verre à la hauteur du bec. Ne reste que la technique de la louche : plier au maximum le cou vers le bas, remplir le bec et redresser aussitôt la tête en évitant de trop en perdre. Mais l’efficacité est toute relative ; il y en a toujours qui déborde et mouille la bavette, sans compter ce qui tombe à côté. Il faut donc s’y reprendre à plusieurs reprises pour réhydrater un gosier desséché par la chaleur qui s’installe. Et comme les fruits sont encore très rares, on se rabat sur l’eau que des bons samaritains mettent à disposition. L’exercice présente cependant des risques : quand on a la tête dans l’abreuvoir, on ne peut pas bien surveiller les alentours. Alors boire devient un véritable exercice de gymnastique avec un enchaînement de flexions et d’étirements pour se pencher, remplir, se redresser et avaler… tout en restant aux aguets.
Baldersheim, le 12 mai 2024
