Rouge-gorge

Le jour se lève à peine et l’on aurait du mal à distinguer un chien d’un loup. Tout semble endormi, figé sous des températures qui baissent encore. On perçoit à peine une petite brise qui fait frissonner les arbustes tout proches. C’est l’heure où le rouge-gorge commence à s’activer. On entend d’abord un « tic » métallique, rapide et  joué en staccato. Le musicien a beau s’appliquer, il n’est rejoint par aucun autre chanteur. En fixant l’endroit d’où proviennent les notes, on voit s’animer l’entremêlement des branchages. L’oiseau est tout excité à l’idée de pouvoir rompre le jeûne. Il s’échauffe avant de rejoindre la mangeoire encore désertée. D’un mouvement vif, il pique son bec dans le hachis des graines laissé par les précédents convives. Bien que protégé par la demi-obscurité, le rouge-gorge reste sur ses gardes, jetant des coups d’oeil rapides aux environs. C’est une heure bénie, rarement perturbée par une concurrence encore assoupie. Rassasié, il quitte la place pour la retrouver éventuellement quelques minutes plus tard, tiraillé entre les regrets et un excès de précaution : la journée sera longue; il vaut mieux l’entamer le ventre plein.

Baldersheim, le 2 décembre 2024