Dans la vie sauvage, il ne fait pas bon être un maillon intermédiaire de la chaine alimentaire. La souris a intégré ce risque car lorsqu’elle se déplace à découvert, elle enclenche toujours la quatrième vitesse. La saison des prunes vient de débuter et il est bien difficile de résister à l’envie d’en goûter. Pour atteindre les précieuses pépites jaunes, il faut traverser le chemin empierré. Elle doit mettre toutes ses chances de son côté, alors notre souris ouvre grandes ses oreilles : point de cri de buse ou de faucon crécerelle… Encore sous les quelques herbes qui garnissent le bord, elle marque le pas et regarde dans toutes les directions. Aucun mouvement n’est perceptible : c’est le moment du sprint. L’énergie dépensée sera compensée par le délicieux fruit qui l’attend. En une fraction de seconde, elle a atteint l’autre rive et disparu dans la verdure. Quelques instants plus tard, elle fait le chemin inverse, toujours au pas de course. Avec un peu de patience, on peut ainsi assister à une dizaine de traversées, pratiquement toutes au même endroit. Elle devrait méditer cet ancien dicton : « souris qui n’a qu’un trou est bientôt prise ».
Baldersheim, le 12 juillet 2024
