Madame et Monsieur Moineau se font face devant le distributeur de graines, leur becs très proches et légèrement entrouverts. A cette époque de l’année, ils se content rarement fleurette. L’un et l’autre sont travaillés par un même désir : faire le plein d’énergie. Pourtant la scène nous permet d’inventorier leur habit de saison. Pour simplifier, on peut dire que Madame n’est pas vraiment portée sur le chocolat. Les couleurs qu’elle arbore sont beaucoup plus discrètes que celles du genre opposé. Une gorge chamois clair, le dos à peine plus foncé et légèrement strié de noir. La seule fantaisie qu’elle s’autorise est le sourcil jaunâtre marqué qu’elle porte en guise de maquillage. Depuis qu’il a renouvelé toutes ses plumes au cours de l’été, Monsieur paraît moins fringant ; c’est comme s’il avait abandonné sa tenue de séducteur. En réalité, elle est toujours là, mais on ne la voit guère. Il compte sur l’usure de l’extrémité des plumes pour retrouver tout ce qui fait son charme. Les tempes seront aux couleurs du chocolat et contrasteront avec les joues blanchâtres. La bavette noire sera bien plus imposante. Sur le dos, une barre alaire blanche sera bien visible.
Baldersheim, le 26 octobre 2024
