Un son plaintif

Il n’est pas inintéressant de revenir régulièrement à un même endroit pour observer comment la faune et la flore investissent le lieu dans la durée. Le vieux canal désaffecté et poissonneux attire les oiseaux-pêcheurs : cormorans et hérons, mais également les harles bièvres. En hiver, on peut observer ces derniers évoluant en groupes constitués majoritairement de mâles mais il arrive également de voir des individus isolés. Cachée derrière un rideau d’arbres, cette femelle a d’abord trahi sa présence en laissant échapper un son plaintif, avant de regagner la rive opposée. Habituellement, lorsqu‘un harle se fait surprendre, il s’empresse de s’envoler ; cette fois-ci, le canard s’est redressé en secouant ses ailes, mais a renoncé à décoller. Il ne devait pas y avoir de danger imminent. Ou peut-être la femelle était-elle fatiguée : elle nageait en se propulsant d’une seule patte, laissant l’autre pendre de côté. Ce n’est que plus tard, en observant une photo prise à ce moment que la situation s’est éclaircie. La patte gauche traînait parce qu’elle était brisée. Sans doute l’oiseau avait-il été victime d’une morsure.

Baldersheim, le 17 février 2025