En préface au livre de Cicéron, Eloge de la vieillesse, Laure Adler écrit ces mots : « Vieillir est une chance. Vieillir est un avantage. Vieillir est un destin dépendant aussi de son attitude de vie devant l’existant ». Paradoxalement, la formule peut également s’appliquer à un fleuve, le Rhin en l’occurrence, dont le cours a été fortement perturbé au siècle dernier avec la création du Grand Canal d’Alsace. Le Vieux Rhin, que l’on a soumis à une drastique cure d’amaigrissement, jouit à présent d’une retraite calme, dans un environnement préservé. En période d’étiage, il expose ses trophées, les innombrables pierres arrachées aux montagnes, charriées sur des centaines de kilomètres et patiemment polies. Elles forment des îlots, rapidement colonisés par des plantes qui servent à leur tour de refuge aux oiseaux du rivage. Les naturalistes viennent régulièrement lui rendre des visites. Il lui arrive même parfois de croiser un orpailleur qui redonne vie à des souvenirs enfouis dans sa très vieille mémoire.
Neuenburg am Rhein, le 30 janvier 2024
