Vol pendulaire

En cette fin de mois de janvier, l’hiver n’a pas encore rendu les armes. Malgré les assauts anticycloniques sur l’hexagone, des poches de résistance demeurent et le gel matinal imprime sa morsure sur les plus petites branches des arbres. Mais l’astre généreux du matin vient assécher les pleurs et installe une douce atmosphère printanière à laquelle les insectes ne sont pas insensibles. C’est en fin d’après-midi qu’ils entreprennent leur première danse nuptiale, dans la lumière du soleil. De loin, on a l’impression d’assister à un mouvement incessant d’ascenseur, avec de rapides élévations suivies de courtes descentes. Ce sont des éphémères mâles, reconnaissables à leurs longues antennes,  qui invitent les femelles à les rejoindre dans le tourbillon de la vie. Ils battent des ailes pour prendre un peu d’altitude, puis amorcent une descente, les ailes et appendices caudaux leur servant de parachute. Lorsqu’une femelle s’invite dans cette transe, elle est aussitôt agrippée par un mâle; tous deux se laissent tomber à terre, mais l’accouplement a lieu durant le court instant de la chute. Dès que les oeufs sont pondus, les adultes achèvent leur courte existence terrestre.

Baldersheim, le 28 janvier 2024